Le 11 août 2026, une réforme discrète a changé une règle que beaucoup d'entreprises appliquaient depuis quinze ans sans se poser de question. Fini Bloctel. Fini le système où l'on pouvait appeler tout le monde, sauf ceux qui s'étaient inscrits sur une liste d'opposition. Place à l'inverse : plus personne ne peut être démarché, sauf ceux qui ont dit oui à l'avance.
Si votre PME fait encore de la prospection téléphonique, ou si vous envisagiez de vous y mettre, voici ce qui a réellement changé — et surtout, ce qui n'a pas changé.
Qu'est-ce qui change exactement depuis le 11 août 2026 ?
On passe d'un système d'opposition à un système de consentement préalable. Avant, un consommateur devait s'inscrire sur Bloctel pour ne plus être appelé. Depuis le 11 août 2026, c'est l'inverse : un professionnel ne peut démarcher un particulier par téléphone que s'il a obtenu son accord au préalable — ou si l'appel concerne un contrat déjà en cours avec lui. Bloctel n'a plus de raison d'être et disparaît.
Le texte encadre précisément ce que doit être ce consentement : libre, spécifique, clair, univoque et révocable. Une case pré-cochée ne compte pas. Un silence ne compte pas. Et ce consentement a une durée de vie d'un an maximum : passé ce délai, il faut le redemander.
Côté preuve, l'entreprise doit pouvoir démontrer qu'elle a bien obtenu ce consentement, et le conserver trois ans minimum — y compris pour le présenter au consommateur qui le demanderait.
Qui est concerné par cette réforme ?
Toute entreprise qui démarche des particuliers par téléphone, tous secteurs confondus. C'est une réforme du droit de la consommation : elle protège le consommateur, c'est-à-dire une personne qui n'agit pas dans le cadre de son activité professionnelle.
Le secteur de la rénovation énergétique et du photovoltaïque reste un cas à part, et plus strict encore : la prospection téléphonique y est interdite dans tous les cas, consentement ou non, sauf pour l'exécution d'un contrat déjà signé. Ce secteur concentrait l'essentiel des abus signalés ces dernières années — une entreprise du secteur a d'ailleurs écopé d'une amende record de 366 930 € pour démarchage illicite avant même cette réforme.
Les sanctions générales, elles, sont dissuasives : jusqu'à 375 000 € d'amende pour une personne morale en cas de démarchage sans consentement valide, et jusqu'à 500 000 € ou 10 % du chiffre d'affaires, assortis de 5 ans de prison, en cas d'abus de faiblesse caractérisé.
Est-ce que ça concerne aussi la prospection entre entreprises (B2B) ?
Non, pas directement — et c'est le point que la plupart des articles sur le sujet passent sous silence. Cette réforme relève du Code de la consommation, qui protège les particuliers. La prospection B2B, d'une entreprise vers une autre entreprise, reste régie par un texte différent.
Concrètement, pour appeler le responsable achats ou le directeur informatique d'une entreprise à propos d'un sujet en rapport avec sa fonction, la base légale reste l'intérêt légitime : un système d'opposition (opt-out), pas de consentement préalable obligatoire. Vous pouvez continuer à démarcher des professionnels par téléphone dans ce cadre, à condition de respecter les règles habituelles : informer la personne de l'usage de ses données, lui permettre de s'opposer simplement et gratuitement, et rester en lien avec sa fonction professionnelle.
Ce détail est important : si votre PME fait de la prospection B2B classique, cette réforme ne vous interdit rien de nouveau. Si en revanche vous démarchez des particuliers — même occasionnellement, en complément d'une activité B2B — vous êtes en plein dans le champ du texte.
Pourquoi c'est aussi une bonne nouvelle pour la prospection ?
Parce que le vrai problème du démarchage téléphonique n'a jamais été la loi, mais la saturation. Un consommateur qui reçoit huit appels non sollicités par semaine ne fait plus la différence entre une arnaque et une offre légitime — et décroche de moins en moins.
Ce texte assainit un canal que le grand nombre avait rendu contre-productif. Une entreprise qui obtient un vrai consentement, documenté, parle à quelqu'un qui veut être appelé. Le taux de transformation d'un appel consenti n'a rien à voir avec celui d'un appel à froid sur une liste achetée. C'est moins de volume, mais un volume qui convertit.
Pour une PME, c'est l'occasion de sortir d'une logique de masse pour revenir à une logique de qualification — celle que nous détaillons dans notre méthode pour trouver son client idéal : mieux vaut cent appels à des gens qui ont un problème réel que mille appels au hasard.
Comment adapter votre prospection dès maintenant ?
Trois réflexes, dans l'ordre.
- Faites le tri entre B2C et B2B. Si vous démarchez uniquement des professionnels dans le cadre de leur fonction, cette réforme ne change rien à votre pratique. Si une partie de votre fichier concerne des particuliers, elle doit désormais avoir donné son accord.
- Recueillez un vrai consentement, pas un prétexte. Une case à cocher explicite, non pré-cochée, avec une formulation claire de ce à quoi la personne consent. Documentez la date et la source.
- Basculez une partie de l'effort vers des canaux consentis par nature. Un formulaire de contact, une newsletter avec inscription volontaire, ou une prise de rendez-vous en ligne partent déjà du bon pied : la personne est venue vers vous. C'est la logique de notre stratégie réseaux sociaux pour PME B2B, qui construit une audience qui accepte d'être sollicitée plutôt que de la solliciter à froid.
Si votre prospection actuelle repose largement sur des fichiers de particuliers achetés ou anciens, ce texte impose de nettoyer votre base plutôt que de continuer à composer les mêmes numéros.
À retenir
Depuis le 11 août 2026, démarcher un particulier par téléphone sans son accord préalable est illégal — Bloctel disparaît, le consentement doit être documenté et ne vaut qu'un an, et les sanctions montent jusqu'à 375 000 €. Mais si votre prospection cible des professionnels dans le cadre de leur activité, vous restez sous le régime de l'intérêt légitime, largement inchangé.
Dans les deux cas, c'est un bon moment pour vérifier que votre stratégie de prospection tient sur des bases solides plutôt que sur du volume. Le Brillomètre vous donne un premier diagnostic en trois minutes, et 45 minutes avec nous suffisent pour regarder ensemble ce qui doit changer dans votre approche commerciale.